4 novembre 2020

Les réflexes primitifs et le yoga - partie 1

Je suis de plus en plus impressionnée par les grands philosophes de l’Inde qui, il y a des milliers d’années, ont réussi à mettre en place des séries de mouvements (que nous appelons maintenant le yoga) qui ont un réel potentiel à influencer le développement de l’être humain en agissant sur notre sphère primitive et inconsciente.

Je suis une ergothérapeute – un professionnel de la santé qui adore analyser le fonctionnement de l’être humain et son comportement en profondeur – et j’essaie de comprendre les fondements de chaque posture de yoga et son impact sur toutes les sphères de la personne.

Ceci m’amène à parler des réflexes primitifs. Les réflexes primitifs sont pour moi la base même du développement d’un petit être vivant et donc le fondement de ce que cet être vivant va devenir en grandissant.

C'est quoi les réflexes primitifs?

Un réflexe primitif est un mouvement involontaire et inconscient que le corps fait en réponse à un stimulus provenant de l’environnement. À la naissance, et même avant, on en a une multitude.

En effet, un petit être vivant qui a à peine quelques semaines n’est pas en mesure de prendre une décision réfléchie et consciente. Cependant, dès la naissance (et même avant) certains mouvements sont nécessaires pour assurer la survie de l’organisme. Ces mouvements sont les réflexes primitifs. Un exemple très simple, un nouveau-né a besoin d’avoir des apports en nutriments pour survivre. Ce besoin donne naissance au réflexe de succion. À l’approche d’un sein rempli de lait, le bébé va instinctivement se mettre à téter.

Des réflexes – il y en a plusieurs dizaines. Ils apparaissent et disparaissent à des périodes différentes du développement de l’enfant. Quelques réflexes restent à l’âge adulte, mais la majorité des réflexes vont disparaître. Par exemple, à un moment donné, l’enfant va être capable de prendre une décision consciente s’il a envie de manger ou non. Il n’aura donc plus besoin du réflexe de succion.

Quand le réflexe disparait – on dit que le réflexe est intégré. Tout comme il est très important d’avoir des réflexes à des périodes particulières du développement, il est également essentiel que les réflexes finissent par s’intégrer. Des réflexes qui restent trop longtemps et ne s’intègrent pas peuvent mener à des difficultés motrices, cognitives et émotionnelles chez la personne.

Réflexes primitifs et le yoga

Or, il s’avère que plusieurs postures de yoga peuvent favoriser l’intégration des réflexes primitifs très variés. Et c’est là que je suis fascinée par la clairvoyance, l’intuition et le sens de l’observation des grands philosophes indiens grâce à qui on a découvert le yoga!

 

Allons voir maintenant quelques réflexes primitifs et les postures de yoga respectives qui aident à l’intégration de ces réflexes.

Réflexe de Moro

Le Moro est le grand-père de tous les réflexes (avec le réflexe de la paralysie par la peur dont je vais parler dans un autre article)!

Moro - c’est le réflexe de « fight or flight » (se battre ou courir). C’est ce réflexe qui va mener à des comportements d’auto-défense dans des situations potentiellement dangereuses pour le corps. Ce réflexe apparait in-utéro bien avant la naissance du bébé.

Lorsque le bébé sent le danger, ses muscles extenseurs (muscles du dos, muscles derrières les jambes, muscles du cou, muscles des bras) se contractent (on prépare le corps à se battre ou à courir). Des stimuli environnementaux très variés peuvent être perçus en tant que « dangereux » par le bébé : une lumière ou un bruit trop fort, un mouvement ou un toucher brusque, un changement soudain de température, etc. Après la phase de contraction des muscles extenseur, survient la deuxième phase –  le bébé va au contraire se mettre « en petite boule » (comme dans le ventre de sa maman) et il va se mettre à pleurer pour attirer l’attention de son parent et être réconforté.  

Le réflexe de Moro est plus ou moins présent tout au long de notre vie. Par exemple – c’est lui qui nous fait sursauter lorsqu’on est pris par surprise. C’est lui qui va nous pousser à courir ou à se battre dans une situation de stress lorsque notre cerveau est à « off ». Cependant, certaines personnes peuvent avoir le Moro plus réactif – c’est-à-dire leur corps va réagir par une contraction des muscles dans une situation qui ne représente pas un danger particulier. Généralement, ces personnes vont avoir un seuil de tolérance au stress plus bas. Résultats – muscles plus tendus, douleurs au dos, au cou et à la tête, immunité plus faible (puisque le corps se fatigue d’être constamment en « état d’alerte »), etc. À titre d’exemple, les enfants prématurés (qui ont vécu généralement plus de stress dès leur naissance) ont tendance à avoir plus souvent le Moro trop réactif.

 

Les postures de yoga qui peuvent aider à rendre le Moro moins réactif sont toutes les postures de flexion avant. Cependant, la meilleure est la posture APANASANA :

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Image tirée du livre "Yoga du bâtisseur - histoire de yoga pour enfants" par Marina Shemetova, l'auteur du présent article. 

Cette posture vient contrebalancer la contraction constante des muscles extenseurs en les étirant. En plus, cette position, qui ressemble à la position du bébé dans le ventre de sa maman, permet de se couper du monde extérieur et de retrouver du réconfort en se faisant un gros câlin soi-même.  

Plusieurs variantes de la posture existent.

  1. On peut garder la tête au sol en essayant de rentrer le menton le plus possible (pour allonger la colonne).

  2. On peut, au contraire, essayer de rapprocher le front des genoux en créant ainsi un étirement profond derrière le cou, les omoplates et les épaules.

  3. On peut pousser sur les genoux pour écraser notre ventre avec les cuisses – ceci permettra de masser les organes internes

  4. On peut serrer moins fort, dans le but de relaxer, en éloignant les genoux de la poitrine sur l’inspire et en rapprochent les genoux sur l’expire

Bref, choisissez la variante qui vous fait vous sentir bien dans le moment présent.

Encouragez vos enfants à faire la posture avec vous. Pourquoi pas faire une pause « boule » en famille?

La suite dans les prochains articles. Nous aborderons : Réflexe Tonique du Labyrinthe (RTL), Réflexe du Galant, Réflexe Tonique Symétrique du Cou (RTSC), Perez, Landau.

04/11/2020

Marina Shemetova